Close
Type at least 1 character to search
Back to top
Eternelle troisième génération Thomas Goux

Éternelle troisième génération

2019

« On ne découvre des mondes que par une longue fuite brisée. »

G. Deleuze, Dialogues

Ce travail concerne les dynamiques de trajectoire auxquelles nous sommes mêlés. Ces dernières renvoient à des points d’ancrage, comme la construction de soi, les liens intergénérationnels, l’origine de nos choix et actes supposés personnels et objectifs. Or, ce qui résiste, c’est peut-être avant tout un ensemble de contraintes et d’assignations auxquelles nous sommes soumis. Rompre avec ces contraintes nécessite plusieurs actions, la première étant de produire une brisure – au sens littéral comme symbolique – pour pouvoir penser d’autres devenirs possibles. Ce sentier à inventer est encore un sentier en friche. Mais, sentier faisant, s’exprime déjà une force souterraine – violente et latente – qui sous-tend le chemin à parcourir. Comment s’en saisir ? Comment l’exprimer ? Voilà une lutte dont il faut s’emparer. Mettre en forme cette réalité impalpable qui jaillit.

C’est à l’aune de ces questionnements, qu’il est apparu nécessaire d’étudier puis de retranscrire ces phénomènes dans un laboratoire artistique. Cela m’aura demandé trois années pour mener ces recherches, faites d’études, d’expérimentations, de calculs et de tests. Le but poursuivi est de briser trois poutres. Trois poutres qui représentent trois générations. Des poutres en chêne, bien solides, robustes, faites pour tenir, pour résister, pour ne pas céder. Toutes peintes en rouge sang.

Comment dès lors briser ces poutres, métaphores des nœuds borroméens ? Comment inventer ce chemin qui mène vers la brisure ? Brisure qui reste aléatoire, hypothétique et précaire. Tenter de maîtriser tout ce qui peut l’être pour reproduire cette équation à n inconnues. Pour cela, il a fallu construire une machine à briser. Et calculer la force de flexion jusqu’au point de rupture. Ici, c’est l’action du palan qui enclenche le processus jusqu’à la brisure et permet d’éprouver la force nécessaire pour vaincre la robustesse des poutres.

Briser une poutre revient-il à produire de la dissemblance là où tout était ressemblance ? Créer un écart – de génération. En somme, ne faut-il pas créer du discontinu pour ensuite assembler ce qui ne pouvait l’être auparavant ? Quitte à faire usage de toute la force nécessaire. Car l’hypothèse soutenue est la suivante : de la faille peut jaillir une vérité.

Marielle Toulze et Thomas Goux


Thomas goux éternelle troisième génération

© Photographie Olivier Deleage